vendredi 24 avril 2020

Jour 39 ¾


A peine rentré, l’impatience me mange. Je guette le moindre signe, chaque gratouillis dans le nez, l’ombre d’une migraine. L’après-midi se passe sans rien. Je me dis que c’est normal. J’attends la nuit.
Au matin, rien. J’ai mal dormi comme d’habitude mais pas plus. Je compte : l’incubation dure deux ou trois jours, il ne faut pas s’impatienter. Pour ne pas tourner en rond, je me mets à l’indonésien sur Duo Lingo. On devait aller à Bali cet été.
J’arrive à passer la journée comme ça, entre deux réussites et un paragraphe argumentatif sur une tragédie de Racine indigeste.
Le lendemain matin, toujours rien.
C’est vers midi que ça commence. Des glouglous dans le ventre, discrets d’abord, mignons. Puis ça gonfle, ça commence à nouer. Je séjourne longuement aux toilettes, pendant que le reste de la famille finit le repas.
J’en sors le front perlé de sueur. Ça fait mal quand même. Mentalement, je coche : diarrhée. C’est bon signe. Plein d’entrain, je vais m’écrouler sur mon lit.
Je suis réveillé brusquement par un vomi qui n’a qu’une idée : s’approprier la descente de lit. Je contiens à grand peine son enthousiasme et vais finir de me vidanger au lieu idoine. Mon diaphragme me claque presque jusqu’au cerveau. Là encore, je prends un forfait journée aux toilettes.
J’atteins le soir épuisé. L’esprit confus, je n’arrive plus à déterminer si les vomissements font partie des symptômes.
Je passe une nuit ordurière. Le tube digestif autour duquel je suis construit a décidé de commencer une nouvelle vie, et se débarrasse de toutes les reliques du passé. En même temps, je savoure ma souffrance : le chemin de la liberté est semé de tessons de verre.
Au petit matin, ça va mieux. Je constate avec plaisir que j’ai mal au crâne. Par contre, j’ai une inquiétude : pas de température, pas de toux.
Ma femme, médecin, m’examine et me dit pour me rassurer : ce n’est qu’une petite gastro.
Caramba.


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