Haa ! Tout à ma joie, j'ai oublié de publier ici le petit texte de science-fiction qui a gagné le concours Usbek & Rica-ANDRA aux Utopiales il y a un an. Ça parle de déchets radioactifs et de licenciement. Fonce, tu vas adorer.
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samedi 12 décembre 2020
mardi 31 mars 2015
1+0=2
En
2051, le Parlement européen finit par autoriser le clonage à des
fins reproductives. Pour André, ce fut une délivrance. Étant d’un
naturel sauvage, il n’avait jamais trouvé de compagne et
d’ailleurs n’avait aucun penchant pour la copulation. Il se lança
aussitôt dans la procédure de clonage. On lui préleva très
simplement une goutte de salive, puis un œuf anonyme reçut son ADN
et fut implanté dans un utérus lui aussi anonyme, probablement
moldave.
La
naissance eut lieu en janvier 2052 et le bébé fut tout
naturellement appelé André Junior. Dès son arrivée, toute la vie
d’André tourna autour de lui. Prudent, André avait vérifié
auprès de sa propre mère qu’il avait été un bébé facile :
à cinquante ans passés, il ne se sentait pas le courage de se lever
la nuit pendant des mois.
Ses
espoirs furent déçus : Junior était d’un naturel agité et
pleurait beaucoup. Il ne fit ses nuits qu’à dix mois puis enchaîna
les cauchemars pendant plusieurs années.
Bien
sûr, il ressemblait énormément physiquement à son père, malgré
un teint de peau plus clair, et il était comme lui d’un naturel
volcanique mais taiseux. Cependant, plus les années passaient, plus
leurs chemins divergeaient. André, qui rêvait de partager ses
passions, philatélie, héraldique, football gaélique, vit avec
désespoir son fils tomber dans le rugby à treize et le théâtre
contemporain. Junior en particulier négligeait la cuisine japonaise
dont André raffolait, lui préférant le bortsch.
Puis
un jour Junior disparut, laissant un mot disant qu’il partait à la
recherche de sa mère et que désormais il s’appelait Andrzej.
Alors André, souriant entre ses larmes, se souvint avec émotion
comme il avait quitté précipitamment le domicile parental à seize
ans.
mardi 10 mars 2015
Myconet
A
cette époque, on connaissait depuis longtemps la symbiose entre les
plantes et les champignons : il s'agissait d'un mariage
mutuellement avantageux, dans laquelle les partenaires échangent des
minéraux, des sucres et de l'eau. Dans ce cadre, les champignons
dialoguent constamment avec les plantes. Mieux que ça, leur réseau
(puisque les champignons sont avant tout des radicelles) relie les
plantes entre elles et leur permet de procéder, elles aussi, à des
échanges.
Cette
découverte resta cantonnée aux laboratoires quelques décennies,
jusqu'à ce qu'on invente Myconet au tournant des années 2030. La
célèbre mycologue Céline Plini décida de tirer parti des
stupéfiantes capacités des champignons. Après quelques
manipulations génétiques, au cours desquelles un de ses protégés
lui nécrosa un poumon, elle mit au point un champignon capable de
transporter un nouveau type d'antibiotique.
Un premier dispositif expérimental relia d'abord les hôpitaux de la Pitié-Salpêtrière et de Saint-Antoine à Paris, avec un résultat tout à fait satisfaisant : le champignon transférait à la demande les molécules nécessaires. Fort de ce succès, le réseau fut étendu à tous les hôpitaux parisiens. Cette extension ne prit que quelques jours : la croissance du champignon était exponentielle. Les pharmaciens hospitaliers se frottaient les mains : la gestion des stocks devint bien plus souple et efficace.
Les trafiquants se frottaient les mains eux aussi. En deux ans, ils mirent au point leur propre réseau, livrant la morphine dans toute l'Ile-de-France.
Puis le principe fut encore étendu, avec la mise au point de Myconet 3D, permettant de livrer à domicile la résine des imprimantes 3D. C'est alors que le syndicat des transporteurs bretons commença ses opérations coup de poing.
Un premier dispositif expérimental relia d'abord les hôpitaux de la Pitié-Salpêtrière et de Saint-Antoine à Paris, avec un résultat tout à fait satisfaisant : le champignon transférait à la demande les molécules nécessaires. Fort de ce succès, le réseau fut étendu à tous les hôpitaux parisiens. Cette extension ne prit que quelques jours : la croissance du champignon était exponentielle. Les pharmaciens hospitaliers se frottaient les mains : la gestion des stocks devint bien plus souple et efficace.
Les trafiquants se frottaient les mains eux aussi. En deux ans, ils mirent au point leur propre réseau, livrant la morphine dans toute l'Ile-de-France.
Puis le principe fut encore étendu, avec la mise au point de Myconet 3D, permettant de livrer à domicile la résine des imprimantes 3D. C'est alors que le syndicat des transporteurs bretons commença ses opérations coup de poing.
samedi 28 février 2015
Le facteur dort la tête en bas.
La
technologie des drones, comme beaucoup d’autres, fut mise au point
par l’armée. L’idée était de frapper au cœur du dispositif
ennemi sans risquer la vie des soldats. Puis la technologie se
répondit à l’ensemble de la société : pour un prix
modique, on pouvait retrouver les spéléologues imprudents dans les
couloirs de la BNF ou s’assurer de la vertu de l'être aimé.
De son côté, la vénérable Société nationale des postes et télécommunications fit l’acquisition d’une flotte de huit mille hélidrones pour la livraison des achats sur Internet. Ce fut un succès éclatant, si bien que de nombreux concurrents arrivèrent bientôt sur le marché. Rapidement, on vit dans le ciel des nuées d’engins aux couleurs de différentes compagnies, ce qui accrut le niveau sonore de façon considérable. On constata une forte recrudescence des acouphènes et des troubles du sommeil.
C’est à ce moment que le Muséum d’histoire naturelle de Bourges lança son modèle de chauve-souris transgénique nicotino-dépendante : le batpacker. Sur une base de grand rhinolophe, les chercheurs étaient parvenus à provoquer le développement d’un bulbe olfactif semblable à celui des pigeons voyageurs, réagissant au champ magnétique terrestre et tenant lieu de GPS. Puis une cure d’addiction à la nicotine rendait les animaux tout à fait soumis.
De son côté, la vénérable Société nationale des postes et télécommunications fit l’acquisition d’une flotte de huit mille hélidrones pour la livraison des achats sur Internet. Ce fut un succès éclatant, si bien que de nombreux concurrents arrivèrent bientôt sur le marché. Rapidement, on vit dans le ciel des nuées d’engins aux couleurs de différentes compagnies, ce qui accrut le niveau sonore de façon considérable. On constata une forte recrudescence des acouphènes et des troubles du sommeil.
C’est à ce moment que le Muséum d’histoire naturelle de Bourges lança son modèle de chauve-souris transgénique nicotino-dépendante : le batpacker. Sur une base de grand rhinolophe, les chercheurs étaient parvenus à provoquer le développement d’un bulbe olfactif semblable à celui des pigeons voyageurs, réagissant au champ magnétique terrestre et tenant lieu de GPS. Puis une cure d’addiction à la nicotine rendait les animaux tout à fait soumis.
Ce
fut un succès fulgurant : en six mois, les batpackers avaient
remplacé les hélidrones et le niveau sonore en ville était
redevenu sans danger pour la santé publique. Par ailleurs,
contrairement aux craintes de certains membres rétrogrades du
Muséum, la biodiversité ne fut pas sensiblement affectée. On
observa toutefois quelques désintoxications spontanées de
batpackers, ce qui eut l’effet heureux mais inattendu d’éradiquer
la malaria de Camargue, où elle était réapparue au début des
années 2020 à cause du changement climatique.
jeudi 11 décembre 2014
Les chimères sont parmi nous.
A partir de
2013, l'hypothèse commença à se répandre parmi les biologistes.
Au début, le pouvoir tenta d'étouffer la rumeur. Certains grands
scientifiques disparurent mystérieusement à cette époque, on fit
même croire à la mort naturelle d'Albert Jacquard. Mais ce fut
peine perdue et l'information finit par filtrer : beaucoup
d'humains sont des chimères, portant plusieurs ADN différents. De
nombreuses mères en particulier portent celui de leurs enfants en
plus du leur.
Quand Ségolène
Royal fit son coming-out sur le sujet, on n'y fit pas trop attention.
Mais d'autres célébrités suivirent, dont, pour certaines, on
doutait qu'elles eussent même un seul ADN complet. Finalement l'idée
fut largement relayée par la presse.
Ce fut un
cataclysme. Si chacun pouvait porter plusieurs ADN, la médecine
légale perdait un de ses outils d'identification les plus fiables :
la diffusion de la série « Les experts » fut stoppée
net dans un gigantesque scandale, au motif que ça n'était « plus
crédible ». Des centaines de prisonniers virent leurs dossiers
rouverts, ce qui acheva d'engorger le système judiciaire.
Mais surtout, la
découverte acheva de brouiller l'identité : si nous gardons en
nous un peu de notre mère, si les deux kilos de microbes que nous
avons dans le ventre font partie de nous, si nous portons des
prothèses sous la peau, l'humain ne colle plus à l'image simple
d'un sac étanche dont le mode d'emploi est enregistré sur ADN.
Que sommes-nous
alors ? Une ville avec des entrées et des sorties, des bouchons
et des espaces verts, des glissements de terrain et des zones
industrielles ? Un biotope avec des centaines d'espèces, comme
un paysage de moyenne montagne ? Un métaréseau
chimio-électro-psychologique ?
Le penseur
prothète Bernabé Fakebum résuma ces doutes dans sa légendaire
formule : « La seule certitude désormais, c'est que
l'humain est une construction bioculturelle. »
vendredi 5 décembre 2014
La mégapole intestinale
En 2013 on
réalisa la première greffe de microbiote. Une patiente avait
l'intestin envahi par une bactérie virulente, qui mettait sa vie en
danger. Les médecins décidèrent donc d'exterminer toute forme de
vie dans le tube digestif à l'aide d'un puissant traitement
antibiotique, puis de réinstaller dans l'intestin une population
microbienne équilibrée. Concrètement, la patiente reçut une
greffe de merde par sonde nasale. Sa bru fit le don de bon cœur.
L'opération fut
couronnée de succès et, après quelques années, la pratique se
répandit sur toute la planète. En parallèle, les progrès des
analyses biologiques massives aidèrent à mieux comprendre la
composition et le fonctionnement de la mégapole microbienne que
chaque humain porte en lui. On put même commencer à la façonner.
Des chercheurs
islandais prélevèrent notamment des microbes dans la panse
d'animaux réputés pour leurs performances digestives, vaches, vers,
phasmes, et les administrèrent à des patients incurables, à titre
d'essai de la dernière chance. Les résultats dépassèrent leurs
espérances : non content de sauver les patients, le procédé
fit émerger de nouvelles capacités. Le mot « omnivore »
prit tout son sens : grâce à ces progrès, il devint possible
de se nourrir de terre, de déchets bruts, d'eau de mer. La faim dans
le monde recula, et la pollution aussi.
Cependant, il y
eut quelques surprises, du fait de transferts de gènes inattendus
entre ces nouveaux microbes et les greffés. Ainsi, la moitié de la
population islandaise mourut mystérieusement pendant l'hiver 2032,
jusqu'à ce qu'on comprenne qu'il s'agissait de la roséole du
lombric. En contrepartie, la nouvelle digestion longue des herbacées,
calquée sur celle des bovins, donna lieu à d'abondantes flatulences
riches en méthane, grâce à quoi l'Islande devint un poids lourd de
la production énergétique mondiale.
mardi 2 décembre 2014
Trop de plaisir tue le plaisir.
Le
début du XXIe siècle connut une terrible épidémie d'obésité :
jamais l'homme n'avait connu une telle abondance de nourriture. Les
gouvernements européens, tentant de sauver leurs systèmes de santé,
réformèrent l'étiquetage des aliments en vue de sensibiliser les
consommateurs aux dangers de la malbouffe. On décida
d'afficher de façon uniforme le contenu des aliments en sucre, sel
et graisses. Dans un élan de marketing
public, on inventa le SaSuFaSU, pour
Salt-Sugar-Fat Standardized Unit (noté :
Ṩ).
L'initiative
fut un flop, au même titre que les mini-vidéos trash qu'on voyait
désormais sur les paquets de cigarettes. Le
mot sasufasu
resta cependant pour qualifier quelque chose d'immédiatement
plaisant, à tel point que
les jeunes commencèrent à
appeler
ainsi les jolies
filles dans la rue.
Puis Bollywood
sortit une comédie musicale de quatre heures intitulée Sasufasu
love love, qui eut
un succès planétaire.
Entre-temps,
les syndicats professionnels
s'étaient emparés du concept et s'étaient
mis d'accord sur une échelle
unifiée du plaisir ressenti à la consommation ; rapidement,
le sasufasu s'imposa comme unité
de mesure. Bientôt,
des petits malins
l'affichèrent
sur leurs produits. Cela
déclencha une violente
guerre
commerciale, où
la
surenchère devint la norme : tel scooter affichait
1000 Ṩ, telle voiture 10.000 Ṩ. On passa ainsi rapidement
du sasufasu (ou sasuf,
dans le langage courant) au kilosasuf. Vers 2025, la mise au point
des prothèses sexuelles fit sauter le compteur jusqu'au mégasasuf.
Et quand on brancha les prothèses sexuelles sur les sondes
cérébrales, on explosa le gigasasuf.
dimanche 23 novembre 2014
Nous sommes tous des clés USB
En
2012, on réussit à stocker de l’information sur ADN, en
substituant le code des molécules ATCG aux 0 et 1. Après une
quinzaine d’années de tâtonnements, le procédé industriel fut
au point. On put alors stocker la BNF dans un grain de poussière.
Mais
entre-temps la quantité d’informations disponibles avait explosé :
l’Internet participatif et l'épidémie d'addiction à l'enregistrement avaient lancé un véritable raz-de-marée sur la
planète. Le réchauffement climatique aidant, les fermes de serveurs
ne pouvaient plus se refroidir et se trouvèrent complètement
dépassées.
Chacun
fut donc mis à contribution : la
persopuce qu’on
portait désormais sous la peau avec son dossier médical et son
abonnement de
bus dut accueillir une
partie de la bibliothèque mondiale. Bien
entendu, pour des
raisons éthiques, des conditions draconiennes de dispersion et
d’anonymat furent imposées. Malgré tout, on hurla à la location
des corps, les pacifistes ne voulurent pas porter d’informations à
usage militaire et certains naturistes radicaux, refusant le principe
même de l’écriture, menacèrent de s’écorcher vifs. Pourtant,
les autorités furent inflexibles : c’était indispensable au
fonctionnement fluide du cybiocerveau planétaire.
D'autres
rirent beaucoup en pensant aux performances de conservation de
l’ADN : quelle tête feront les archéologues des
années 30 000 quand
ils trouveront, dans des carcasses antiques, des scènes de Roméo
et Juliette en
hittite, des modèles de grille-pains pour impression
3D et des sex-tapes de calamars ?
samedi 8 novembre 2014
L'homme augmenté
Oscar
Pistorius fut un pionnier : ce fut le premier homme à devenir
plus performant grâce à des prothèses. Malgré ses déboires avec
la justice, il ouvrit une voie dans laquelle beaucoup d’autres
s’engouffrèrent bientôt. En particulier, la miniaturisation
aidant, dès les années 2030 tout le monde avait le phone greffé à
l’oreille, au sens propre du terme. Là encore, la sonde cérébrale
était bien pratique pour fouiller rapidement son carnet d’adresse.
D’autres
furent plus créatifs : prenant modèle sur les requins, les
adeptes de hockey subaquatique se firent greffer un ruban
électrosensible sur les flancs, afin de mieux percevoir les
impulsions électriques dans les muscles de leurs adversaires. Cette
innovation, conjuguée à l’invention des branchies amovibles,
rendit ce sport beaucoup plus populaire, au point d’en faire une
discipline olympique. Malheureusement, le monopalme mécanique, très
spectaculaire, fut interdit par les pisse-froid du comité olympique
par peur des accidents.
Pendant
ce temps les amputations volontaires se multipliaient. De tristes
sires se désolaient, déclarant qu’on crachait à la face de Mère
Nature et que s’ouvrait l’ère des monstres. Ce à quoi les
prothètes, menés par le philosophe Bernabé Fakebum, rétorquaient
que l’homme étaient prothésé depuis son premier outil. Et ils
inventaient de nouveaux dispositifs ludico-sexuels inspirés des
céphalopodes.
lundi 3 novembre 2014
Les bopowap
Le
Grand Court-Jus eut lieu en 2029. Les coups de boutoir du changement
climatique, conjugués aux contraintes pesant sur les ressources
fossiles et au développement rapide des véhicules électriques,
firent sauter le réseau australien, puis, par effet domino, la
plupart des grands réseaux électriques du monde.
Comme
le dit justement Ernestino Hulki, alors PDG du groupe Solareva-BP :
« On est en slip ». Mais personne ne l’entendit car
Internet n’était plus qu’une toile d’araignée morte. Sur le
modèle de Fukushima en 2011, les centrales nucléaires sautèrent
une à une, balayant la civilisation d’une grande partie de
l’Europe. L’Islande devint le plus grand foyer de culture à
l’Ouest de l’Oural.
En
Inde aussi, les centrales sautèrent mais comme elles étaient
relativement peu nombreuses, la majeure partie du sous-continent
resta indemne. Ce fut même une opportunité unique pour les Etats du
Sud de la péninsule: ils se trouvèrent d'un coup au centre de
toutes les convoitises, du fait de leur maîtrise des bopowap (body
powa appliances), appareils à picovolts alimentés par l’électricité
résiduelle des muscles. La morosité ambiante aidant, le
string-gyrophare fut un énorme succès dans les night-clubs de
l’Asie méridionale. C’est grâce à ce type d’innovation à
haute valeur ajoutée que la Tamil Confed devint la puissance
mondiale que nous connaissons, capable désormais de tenir tête au
Brasiu Granji et au Beidongguo.
mardi 28 octobre 2014
Les interfaces
Pendant
toute la fin du XXe et le début du XXIe siècle, on fit d’important
progrès dans la communication avec l’ordinateur. Les débuts
historiques s’étaient faits avec seulement l’écran et le
clavier. Puis on inventa les fenêtres et la souris. Plus tard vint
le capteur de mouvement, grande contribution du jeu vidéo à
l’informatique généraliste. Vers 2010-2020, les écrans devinrent
tactiles, puis pliants, puis holographiques. On put enfin travailler
debout en agitant les bras, comme Tom Cruise. Ce fut la période dite
« windmill ». On vit refluer les grandes épidémies
liées au travail sédentaire, obésité et troubles
musculo-squelettiques. Cela contribua à résoudre une partie du
déficit budgétaire des pays riches. En revanche, les fractures de
la main devinrent fréquentes.
Pendant
ce temps, la communication entre humains stagnait. On s’était très
longtemps satisfait de la parole, fluide mais fugitive. L’écriture
avait rendu possible l’accumulation des connaissances et le progrès
technologique. Mais elle était lente. L’informatique, le réseau
et les terminaux mobiles mirent un peu de réactivité dans tout ça.
Cela dit, seul l’implant cérébral libéra véritablement la
communication. Il devint possible de partager instantanément ses
idées et ses impressions. On vit l’apparition de l’utopie
fusionniste, qui prévoyait l’harmonie de l’espèce, sur la base
d’une compréhension profonde et totale de tous les individus.
Alors
quelqu’un eut l’idée de connecter son implant au réseau. Ce fut
la naissance du cybiocerveau planétaire.
mardi 14 octobre 2014
L'imprimante 3D
Ce
n’est qu’au début du XXIe siècle qu’apparut l’imprimante
3D. L’innovation se répandit comme une traînée de poudre et très
vite on assista à une réorganisation radicale du système de
production. Les petites pièces de plastique en particulier, toujours
les premières à casser, devenaient facilement remplaçables.
L’industrie du grille-pain s’effondra. Plus généralement, la
position des producteurs fut profondément minée. La Chine connut
une décennie très dure, où la croissance à deux chiffres n’était
plus là pour masquer l’horreur sociale et écologique.
Puis on butta sur le problème de la matière première : l’imprimante fonctionnant à base de plastique, le pétrole, qui flambait déjà, explosa. Heureusement, un petit malin inventa une machine à recycler les plastiques à la maison. Dans la foulée, un autre inventa la machine à recycler les épluchures. Avec une peau de banane on imprimait une baignoire sabot. Le cours du pétrole s’effondra, provoquant des émeutes de la faim au Qatar.
Ce fut l’ère des designers : Internet était le support idéal pour ces productions immatérielles soudain inestimables. Certains exaltés y virent le triomphe de l’idée sur la matière, de l’esprit sur le corps. Philippe Starck prit la tête du Grand Orient de France.
Jusqu’au jour où l’implant cérébral fut au point. On put désormais simuler la présence des objets en manipulant directement le cerveau. Ce fut l’avènement de la Matrice.
Puis on butta sur le problème de la matière première : l’imprimante fonctionnant à base de plastique, le pétrole, qui flambait déjà, explosa. Heureusement, un petit malin inventa une machine à recycler les plastiques à la maison. Dans la foulée, un autre inventa la machine à recycler les épluchures. Avec une peau de banane on imprimait une baignoire sabot. Le cours du pétrole s’effondra, provoquant des émeutes de la faim au Qatar.
Ce fut l’ère des designers : Internet était le support idéal pour ces productions immatérielles soudain inestimables. Certains exaltés y virent le triomphe de l’idée sur la matière, de l’esprit sur le corps. Philippe Starck prit la tête du Grand Orient de France.
Jusqu’au jour où l’implant cérébral fut au point. On put désormais simuler la présence des objets en manipulant directement le cerveau. Ce fut l’avènement de la Matrice.
dimanche 14 septembre 2014
Mon joli kangourou
Le 7 juin 2074,
Manuel se coucha vers onze heures. Il éteignit la lumière et
s'endormit en un instant.
Il se trouva aussitôt sur une longue plage beige, où se trouvaient répartis à intervalles réguliers des kangourous. C'étaient des animaux adultes, comme en attestaient leurs seins rebondis. Intéressé, Manuel s'approcha du kangourou le plus proche, scruta sa face, regarda sa poitrine. Il releva les yeux et rencontra son regard très doux. Presque malgré lui, sa main se leva et se posa sur le sein gauche de l'animal, qui ferma doucement les yeux. Le kangourou était nu, et Manuel se trouva très agité.
Il se réveilla brusquement, un peu tremblant. Il se leva, fit quelques pas hagards jusqu'à la salle de bain, pour y boire un verre d'eau et rafraîchir sa fièvre. C'est là qu'il vit dans la glace que sa sonde cérébrale était allumée.
Il était pourtant certain de l'avoir réglée sur Nuit Réparatrice : il avait passé une journée fatigante avec ses nièces au zoo. Il fit une rapide vérification et constata surpris qu'il venait d'envoyer un message. Il l'ouvrit et ses cheveux se dressèrent sur sa tête : le film de son rêve venait d'être transmis à une longue liste de destinataires, dont sa sœur, deux équipiers du club d'air-aqua mais aussi des interlocuteurs ponctuels comme son conseiller aux impôts. Il lui sembla fondre dans son pyjama.
Là, il se réveilla de nouveau en sursaut, glacé de sueur. D'abord égaré, il s'infligea quelques claques sonores pour vérifier qu'il était lucide cette fois, puis vérifia sa sonde. Alors il constata avec un immense soulagement qu'elle était bien sur Nuit Réparatrice. Encore sous le coup de sa frayeur, il décida d'installer sur-le-champ le programme de protection Oniromancer 3.5.
C'est ainsi que Manuel fut victime de la première campagne de publicité infraconsciente d'Europe occidentale.
Il se trouva aussitôt sur une longue plage beige, où se trouvaient répartis à intervalles réguliers des kangourous. C'étaient des animaux adultes, comme en attestaient leurs seins rebondis. Intéressé, Manuel s'approcha du kangourou le plus proche, scruta sa face, regarda sa poitrine. Il releva les yeux et rencontra son regard très doux. Presque malgré lui, sa main se leva et se posa sur le sein gauche de l'animal, qui ferma doucement les yeux. Le kangourou était nu, et Manuel se trouva très agité.
Il se réveilla brusquement, un peu tremblant. Il se leva, fit quelques pas hagards jusqu'à la salle de bain, pour y boire un verre d'eau et rafraîchir sa fièvre. C'est là qu'il vit dans la glace que sa sonde cérébrale était allumée.
Il était pourtant certain de l'avoir réglée sur Nuit Réparatrice : il avait passé une journée fatigante avec ses nièces au zoo. Il fit une rapide vérification et constata surpris qu'il venait d'envoyer un message. Il l'ouvrit et ses cheveux se dressèrent sur sa tête : le film de son rêve venait d'être transmis à une longue liste de destinataires, dont sa sœur, deux équipiers du club d'air-aqua mais aussi des interlocuteurs ponctuels comme son conseiller aux impôts. Il lui sembla fondre dans son pyjama.
Là, il se réveilla de nouveau en sursaut, glacé de sueur. D'abord égaré, il s'infligea quelques claques sonores pour vérifier qu'il était lucide cette fois, puis vérifia sa sonde. Alors il constata avec un immense soulagement qu'elle était bien sur Nuit Réparatrice. Encore sous le coup de sa frayeur, il décida d'installer sur-le-champ le programme de protection Oniromancer 3.5.
C'est ainsi que Manuel fut victime de la première campagne de publicité infraconsciente d'Europe occidentale.
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