lundi 8 juillet 2013

John-John achète des caleçons

   John-John a un problème : en bon cow-boy solitaire, il n'est pas marié. Comme il n'est pas marié, sa femme ne lui achète pas ses caleçons. Il est obligé de les acheter lui-même et c'est toujours pénible : le marchand de caleçons est à côté de la marchande de jupons. En fait ces deux marchands sont mariés. John-John peut comprendre qu'on tienne un magasin de caleçons quand on n'est pas marié : on a ce qu'il faut sous la main, comme ça pas la peine d'aller en acheter. Par contre, quel intérêt quand on est marié ?
   John-John enfonce son chapeau le plus possible, pour que personne ne voie son regard limpide. Il passe en rasant les murs devant le magasin de jupons et entre très vite dans le magasin de caleçons. Il en achète dix, pour ne pas avoir à revenir de sitôt. Il paye et s'apprête à ressortir. Sur le pas de la porte, il s'arrête net : Rosie est là, en train de discuter avec une autre femme devant le magasin de jupons.
   John-John est stupéfait : comment peuvent-elles discuter ici ? Il n'arrive pas à sortir. Il ne veut pas que Rosie le voie. Lui qui était si pressé de partir, le voilà qui traîne dans le magasin, fait semblant de s'intéresser à des plastrons et des chemises d'employés du télégraphe. Le marchand prend tout de suite un air soupçonneux. John-John s'en aperçoit et devient très gêné.
   Poussé par le regard soupçonneux, il se dirige vers la porte. Rosie est toujours là, avec son amie. John-John sort et tourne dans la direction où n'est pas son cheval, pour ne pas avoir à passer près de Rosie. Il ne faut surtout pas qu'elle sache qu'il achète des caleçons pour ses fesses. 
   Il rase les murs mais il entend la voix de Rosie qui l'appelle gaiement : « John-John ! »
   Enfer.

lundi 1 juillet 2013

John-John à la fête foraine

   Sans raison valable, aujourd'hui John-John est contrarié. Le coq chante mal, un cordon de nuages traîne sur l'horizon, le vent fait rouler des boules de brindilles sur le sol. John-John trouve ça kitsch.
   Pour se changer les idées, il décide d'aller à la fête foraine.
   Il se met à cheval. La route est longue car la fête foraine est à San Pedro. Il pourrait y aller en train mais ça le rend malade.
   Après quatre jours de voyage, dormant à la belle étoile, la tête sur sa selle, il arrive à San Pedro. La fête foraine est toujours là.
   Il commence à sourire en entendant les cris des petits enfants. Il est entouré de mères sévères et de bonnes débonnaires, qui courent après des petits diables en costumes rayés.
   Pour se mettre en confiance, John-John commence par le stand de tir.
   En un quart d'heure, il gagne dix-sept ours en peluche géants. Il les donne aux petits enfants, qui poussent des cris de joie et courent derrière lui.
   Puis il va au rodéo. Il rit aux larmes en voyant un jeune con d'aristo se briser la nuque sur la balustrade. Quand vient son tour, il tient le bronco très serré et lui fait subir sa loi. Il se paie même le luxe de lui labourer les flancs de ses éperons acérés.
   Maintenant tout à fait content de lui, John-John va aux grandes balançoires qui tournent en rond. Il tremble un peu quand même en attachant sa ceinture. Les petites filles autour de lui sont surexcitées dans leurs robes roses. Dès que le manège démarre, John-John verdit. Il vomit au troisième tour, traçant une belle parabole dans l'air.
   Il est chassé ignominieusement de la fête foraine par des bonnes en fureur et des petites filles qui lui jettent des pommes d'amour refroidies. Les ours en peluche sont brûlés en un grand feu d'autodafé.

dimanche 30 juin 2013

Madame Irma vous parle.

Tu aimes les histoires de bananes ? Eh bien, va donc lire ceci et vois comme je l’avais totalement prédit dès le 28 février, ici.

Pour fêter ça, je t’offre une autre prédiction gratuite et sans engagement : ce soir, la nuit va tomber.

mercredi 26 juin 2013

Artichoc etc.

ARTICHOC n.m. méd. Forte réaction anaphylactique faisant suite à l'ingestion d'astéracées. 

BLINDE-EN-PLUS n.m. Fam. D'une prudence excessive. syn. : terre-la-mort. 

CELLO n.m. 1. Abr. Violoncelle. 2. Abr. Limoncello, liqueur italienne à base de citron. 3. Abr. Cervello (mot italien) Plaisir paroxystique, souvent provoqué par implant cérébral. 

COCO-ZAMOUQUE adj. et n. (mot créole) 1. Atteint d'une maladie psychiatrique. 2. Cynique, sans scrupules. syn. : pouri-coco. 

CONNEX adj. inv. 1. Équipé d'un implant cérébral. 2. Sociable, amical. 

ÉPROUVANTABLE adj. Dont l'horreur dépasse toute description. Dès la nuit de noces, leur vie conjugale fut éprouvantable. (G. de Maupassant) 

HANDICOMPATIBLE adj. Utilisable par une personne affectée d'un handicap. 

PLÈQUE adj. 1. Rêche, dur. 2. Froid. Tous les soirs il rentrait ivre, ne se tenant plus. Elle l'attendait dans la cuisine, roide sur une chaise, plèque. (P. Michon) 

RÉTROCUL adj. Conservateur en matières de mœurs. La duchesse se montrait singulièrement rétrocule en de pareilles circonstances, contrairement à Charlus, qui s'affairait en tous sens. (M. Proust)

samedi 22 juin 2013

Qu'on le pende par les tripes !

Ça devait arriver ! Mon bouquin de pirates, Le Jamais Plus, est disponible depuis quelques jours, en papier de bois d'arbre véritable ou en petits 0 et 1. Alors pour te donner envie, voici quelques paragraphes.








Andrzej est, comme Martón, originaire d’Europe orientale. On ne sait rien de sa jeunesse, il n’en parle pas, ni de grand-chose d’autre d’ailleurs. De fait, il parle assez mal, ce qui a sans doute un rapport avec la structure bizarre de ses maxillaires.
En revanche, on connaît les circonstances de l’accident qui l’a défiguré : en 1895, il travaille comme mécanicien pour les chemins de fer bavarois et un moteur lui explose au visage alors qu’il tente de le démonter. Sa face est arrachée de son crâne.
Une autre version de l’accident circule également ; elle évoque un combat à la pelle contre un ours, une nuit froide le long d’une ligne secondaire du réseau. Ayant momentanément le dessus, l’ours aurait entrepris de dévorer Andrzej. Ceci pourrait expliquer l’aversion notable d’Andrzej pour le commando Daikou aux puissantes mâchoires.
Quelles que soient les circonstances exactes de son accident, Andrzej subit vingt-trois opérations dans la clinique privée du Docteur Hackfleisch à Ratisbonne. Ce dernier se passionne pour ce cas extrême, qui lui permet de donner toute la mesure de son talent. Il soigne donc Andrzej gracieusement et, roublard, acquiert ce faisant une notoriété européenne, pas totalement méritée au vu du résultat.

mercredi 19 juin 2013

Barbraque etc.

BARBRAQUE n.f. bouch. Viande de bovin mort d'encéphalopathie spongiforme. – Par ext. Personne grossière et stupide. Depuis qu'elle était devenue chef de service, Mireille la petite dactylo se comportait en vraie barbraque. (F. Dard)

BRÂTON n.m. Type de massue originaire de l'Ouest de la France. – Par ext. Ivresse déraisonnable. Kevin s'est mis un sacré brâton vendredi soir !

BURG n.m. techn. Dysfonctionnement informatique faisant suite au malaise d'un technicien.

CRAPIN n.m. Prostitution exercée dans des conditions d'hygiène douteuses.

DICON n.m. (sigle de Delusion-Inducing COMpendium, mot angl.) Compilation de définitions erronées. syn. Lexicon.

ŒSTRUCHE [ɛstryʃ] n.f. sports Athlète féminine dont les performances à la course s'accroissent en période d'ovulation.

PARTIMONIE n.f. littér. Dans la littérature romantique anglaise, brève série d'échecs amoureux. Quand Henry partit pour Swansea avec sa cousine, Lindya sanglota longuement, ne pouvant écarter totalement un profond sentiment de partimonie. (J. Austen)

PORNE adj. Fam. Se dit d'un coït ennuyeux. – Par ext. Décevant. Wesh, trop porne le dernier Piggie Zuck !

dimanche 16 juin 2013

John-John en promenade

Quand il va en ville, John-John remarque souvent que les femmes marchent dans la rue lentement, on dirait qu'elles ne savent pas où elles vont et elles s'arrêtent tout le temps pour parler en regardant les yeux des autres. Certains hommes font ça aussi. John-John est intrigué.
Un jour, pour en avoir le cœur net, il va en ville et se met à suivre deux femmes qui font ça. Elles marchent lentement, comme d'habitude. A force, elles finissent par arriver au bout de la rue principale et là, elles font demi-tour sur place. John-John, qui les suivait d'un peu trop près, se retrouve nez-à-nez avec elles. Elles arrêtent de parler et commencent à regarder ses yeux l'air contrarié. Lui baisse le nez, les laisse passer et fait mine de continuer tout droit. Elles repartent.
Après quelques pas, il arrive au point où elles ont fait demi-tour. Il fait demi-tour exactement comme elles, mais ça ne fait rien de spécial. Il continue à les suivre d'un peu plus loin. L'une d'entre elles jette un œil par-dessus son épaule et le voit. Elle dit un mot à son amie et toutes les deux pressent le pas. John-John, cherchant toujours à comprendre, fait de même, pour voir comment ça fait.
Les femmes regardent de nouveau derrière elles, le voient qui marche vite désormais, et se mettent à courir. John-John les imite. Elles s'affolent et cavalent à toutes jambes jusque chez le shérif. John-John entre une seconde après, haletant. Les femmes se cachent derrière le shérif, qui était en train de causer avec son adjoint. Il regarde John-John avec surprise. John-John aussi.
Le shérif demande à John-John ce qui se passe. John-John répond rien. Le shérif demande aux femmes ce qui se passe. Elles répondent qu'elles se promenaient tranquillement et que ce cow-boy solitaire les a suivies.
John-John trouve que c'est un peu exagéré, parce que courir à toutes jambes jusque chez le shérif, il ne trouve pas ça très tranquille. Il demande :
– Mais pourquoi faites-vous ça ?
Les femmes le regardent de travers, l'adjoint le regarde de travers, le shérif répond :
– John-John, quand on n'a rien à faire, quelquefois on se promène.
John-John répond :
– Quand je n'ai rien à faire, je ne fais rien, ou alors je cherche une idée de quelque chose à faire, mais je ne cours pas chez le shérif.
Le shérif répond :
– On n'est pas tous pareils, John-John.
John-John est d'accord.