dimanche 3 mai 2020

Jour 48


L’info importante du jour : l’OMS dit que les cas de réinfections étaient de faux positifs. Autrement dit, quand a été malade on est immunisé. On respire.
J’étais au supermarché hier. C’est dommage, j’ai oublié de lécher les conserves. D’autant qu’il y avait beaucoup de monde. Dans la rue aussi. Ça déconfine avant l’heure. Je rappelle quand même qu’on est en orange dans ce département, faut pas vendre la peau de l’ours avant de l’avoir achetée. D’ailleurs le R0 remonte.
Tout le monde se prépare à sortir masqué. Moi je suis très content de pouvoir me déguiser en Fantômette, j’en ai envie depuis mes huit ans. Ou alors un vieux groin en cuir noir avec de la ferraille, en mode motor punk. On ne me doublera plus dans la queue à la boulangerie.
Mais les couturières râlent parce qu’on leur demande de coudre des masques bénévolement. Elles l’ont fait au début mais faut pas abuser. Les éboueurs on ne leur demande pas de ramasser les poubelles gratos. C’est vrai quoi. Si elles avaient des groins en cuir on les écouterait.

Dans la série des initiatives créatives, à Limoges ils ont monté un drive confession. Si tu as des excès de vitesse sur la conscience, c'est pour toi. Par contre ce n’est pas sur le permis que tu récupères des points.

J’ai fait hier soir un bilan de la situation avec mes correspondants spéciaux à l’étranger, Madrid, Bruxelles, Faro, Naples, New-York : on en est tous au même point. Déconfinement à pas comptés, incertitude sur la suite : on attend la deuxième lame qui coupe la vie normale avant qu’elle ne redémarre.
Le bateau-hôpital a quitté New-York. On ne me dit rien, moi. Et ils démontent l’hôpital de campagne de Central Park. J’avais pas l’impression que c’était fini-fini pourtant.
Un chat en France est tombé malade du coronavirus. C’est ça la différence avec les Américains : eux c’est tout de suite le tigre de Brooklyn, le grand spectacle quoi. Par contre nous on a tenu des élections le 15 mars et ça, c’est la classe. La démocratie ne reculera pas. Enfin pas après septembre.
On apprend qu’en Angleterre, les toubibs de Bojo se préparaient à annoncer sa mort.
Ça flambe en Russie et en Afghanistan.

Ici, ça réfléchit à l’avenir des bureaux. Espaces collaboratifs, bulles de silences trop kawaï et télétravail. Autrement dit, si tu veux ton petit coin-coin à toi, reste à la maison.
Peut-être que le virus vient de nous faire gagner dix ans. Aussi c’était un peu con les logements vides le jour et les bureaux vides la nuit : il y a toujours quelque chose de vide. Si ça se trouve on pourrait réduire l’emprise au sol de nos villes d’un tiers. En plus on supprime les bagnoles, on fait de l’agriculture urbaine et voilà la ville de demain. Bobo content.



samedi 2 mai 2020

Jour 47 ¾


Ça y est, masque pour tout le monde. La sociabilité se prend encore une baffe. Moi je m’en fous je ne reconnais pas les visages. Ils appellent ça prosopagnosie. Sur les photos je me reconnais à mes vêtements. Pour me faciliter la vie, je n’ai que des chemises hawaïennes. Ça facilite mon intégration.
Mais mon heure de gloire est arrivée : tout le monde est comme moi. Ça fait plaisir de se sentir normal des fois. Il y a bien quelques ultra-sociables qui reconnaissent les gens à leurs yeux, mais là on ne peut plus rien faire. En général c’est des filles, elles m’énervent. Bon, de toute façon je ne regarde pas les gens dans les yeux : ils transpercent la rétine et je les retrouve à se balader dans la boite crânienne, c’est envahissant.
Mais les autres, les pas ultra-sociables, ils galèrent, les bichons, ça scrute, ça hésite, ça tournicote, je connais je connais pas, moi pendant ce temps-là je rigole ! Je suis au point, moi, j’ai des trucs : les vêtements, la texture des cheveux aussi. Attention, pas la coupe ou la longueur, ça change. D'habitude j'écoute la voix, mais là elle change aussi, parce que les masques étouffent les sons. Sinon, les mains, la démarche, et puis les lieux, les habitudes. Je suis une appli chinoise à moi tout seul.
Si bien que la police m’a contacté pour reconnaitre des suspects. Comme tout le monde est masqué, certains en profitent : il y a épidémie de vilains mots, de vilains gestes aussi. Moi je les repère les contrevenants. J’ai même fait coffrer le type qui venait pisser toutes les nuits contre le mur de l’Élysée. Je suis le justicier masqué.




vendredi 1 mai 2020

Jour 46


La mascomanie se développe. On en voit de plus en plus dans les rues, la presse en parle tous les jours. Ça va être le symbole de la période à venir.
Le gouvernement plafonne le prix à 95 centimes. Les prix plafonnés, ça aussi ça fait temps de guerre.
A Roissy, le pont aérien avec la Chine se poursuit. Les millions de masques sont déchargés sous protection des gendarmes armés. Qatar Airways se fait des copains français en participant massivement. Diplomatie de la pandémie.

Les Parisiens se sont fait hurler dessus quand ils sont partis confiner sur la côte et dans les iles. La carte rouge et verte d’hier soir montre que ça n’a pas eu d’impact. Mais on ne savait pas à l’époque.
Maintenant certains disent qu’il ne faut pas qu’ils reviennent : 17 % de monde en moins à Paris, ça fait moins de monde dans les hôpitaux et les transports.

Superbe article dans le Guardian sur les leçons de la pandémie.
Les gens projettent des mots de deux mètres de haut sur un immeuble à São Paulo : dehors Bolsonaro ignorant ver (filou ?) froussard criminel fasciste.
Au Brésil comme aux États-Unis, les gouverneurs des États prennent les choses en main et se coordonnent sans les clowns.
Les circonstances imposent d’agir collectivement et d’écouter la science. Compliqué pour les populistes, clivants par nature.
Le mot diable vient du grec, ça veut dire celui qui divise. Comment diable (lol) ces ostrogoths ultrareligieux peuvent-ils choisir ce rôle-là ? Sûrement parce qu’ils ne connaissent pas le grec. Ou peut-être parce qu’ils sont cons et mauvais.
Rocard disait qu’entre la connerie et le complot, il faut toujours privilégier la connerie : elle est beaucoup plus répandue que les qualités exigées par le complot. On peut sans doute généraliser en disant que la connerie est un puissant facteur explicatif de la marche du monde. Je la mettrai dans mon métamodèle d’explication des sociétés humaines.